CHAPITRE VIII

LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE DE QUEBEC

(1977-1996)

La naissance d'un parti politique s'explique
par le désir de moderniser la gestion du pouvoir.
Mais la notion d'un « pouvoir moderne » n'est
pas la même selon les époques. Le Progrès
civique du début des années 60 et le Rassem-
blement populaire de la fin des années 70 ont en
effet produit des philosophies politiques d'inspi-
rations très différentes.

La Commission Sylvestre, au début des an-
nées 60, avait porté un jugement sévère sur
l'administration du maire Wilfrid Hamel, héritée
de l'ère duplessiste. La mise à jour des com-
merces lucratifs des conseillers qui « aidaient
leur monde » en les plaçant dans les corps de po-
lice et de pompiers allait permettre à un groupe
de commerçants de se porter à l'avant-scène mu-
nicipale. Ils désespéraient de voir émerger une
équipe d'édiles municipaux capables de bâtir
une ville de l'Amérique moderne avec ses grat-
te-ciel et ses autoroutes. Pour ce faire, la nou-
velle administration sera davantage une équipe
d'hommes dynamiques qu'un véritable parti
politique. Seuls seront membres de leur « parti »
les membres du Conseil de Ville élus sous leur
bannière. Le leadership autoritaire et le charisme
personnel seront les gages de leur succès poli-
tique.

À la fin des années 70, douze années de
« règne du béton » auront amené à Québec le
Centre des congrès, les grands hôtels et les au-
toroutes, mais auront provoqué en même temps
la destruction de milliers de logements au cen-
tre-ville. Devant ces perturbations urbaines, des
intellectuels de la Faculté des sciences sociales
de l'Université Laval et des groupes populaires
vont promouvoir une gestion moderne du pou-
voir municipal, c'est-à-dire une gestion
démocratique qui développera la ville dans l'in-
térêt de la majorité et qui donnera priorité à la
qualité de vie dans les quartiers. Leur mouve-
ment politique reposera sur un membership
nombreux. Leur programme politique sera axé
sur la démocratie directe et la participation aux
décisions.

L'éditorialiste du quotidien le Soleil,
Claude Masson, comparera de la façon suivante
les deux partis politiques désormais destinés à
s'affronter: « Un chef sans parti et un parti sans
chef ».

Si le Progrès civique a pris le pouvoir en
1965, presque immédiatement après sa création,
le Rassemblement populaire a dû vivre une
longue gestation jusqu'en 1989. On peut identi-
fier de la façon suivante les étapes de cette ges-
tation:

Le Rassemblement populaire de Québec (1977-1996)    89


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